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VISIONARY INSIGHTS

Résumé du webinaire : entretenir le bien-être et la performance au travail en améliorant la qualité de l’environnement intérieur

Jennifer Pitterle
21 Avril 2022
Webinar Recap: Sustaining Workplace Wellbeing and Performance Through Enhanced Indoor Environmental Quality

Le 9 décembre 2021, SageGlass a tenu une conférence virtuelle pour partager les dernières recherches sur la qualité de l’environnement intérieur, notamment au travail. Cette présentation a également permis de réfléchir aux manières d’améliorer l’expérience des collaborateurs dans leurs bureaux.

Elle était animée par Colin Campbell, Concept Creator chez SageGlass, une société de Saint-Gobain. D’autres intervenantes ont également présenté leurs dernières recherches et idées sur le sujet : Flore Pradère, responsable de la recherche chez JLL Work Dynamics, Eloïse Sok-Paupardin, Concept Creator chez SageGlass, et Paige Hodsman, Concept Developer chez Ecophon, une société de Saint-Gobain.

 

Le bien-être au travail : une tendance actuelle

Flore Pradère a commencé par parler des tendances mondiales dans les secteurs de la santé et du bien-être au travail. Ces dernières années, Mme Pradère et ses collègues ont interrogé des milliers d’employeurs et de salariés dans le monde entier avec un objectif : comprendre comment ils perçoivent leur environnement professionnel et déterminer les équipements et les qualités essentiels à leurs yeux. Leur base de données regroupe près de 70 000 personnes.

Mme Pradère a noté une baisse d’énergie, d’enthousiasme et de motivation chez de nombreux salariés, après la période de télétravail imposée par la pandémie de Covid-19. L’un des avantages du télétravail est qu’il a permis aux salariés de mieux se représenter leur environnement de travail idéal, en mettant l’accent sur la santé et le bien-être qui, à terme, peuvent augmenter la productivité.

 

Ce que veulent les salariés

58 % des salariés ont indiqué préférer travailler pour une entreprise qui prend soin de leur santé mentale et physique.

Les employeurs, quant à eux, sont nombreux à observer cette réorientation vers le bien-être et l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, et cherchent à créer des espaces de travail qui répondent aux attentes de leurs collaborateurs. Selon Mme Pradère, les employeurs souhaitent mettre sur pied des environnements professionnels Humains, Écologiques, Authentiques, Inclusifs, Résilients et Augmentés.

 

Attentes des salariés vis-à-vis de leur espace de travail (source : Responsible Real Estate, JLL Research, juillet 2021)

Comme l’a déclaré Mme Pradère, « aujourd’hui, pour s’engager à 100 % et être parfaitement satisfait de son travail, il faut un contexte professionnel approprié. Il faut se sentir impliqué auprès de son équipe, bénéficier d’un environnement adapté. Il faut avoir la possibilité de concilier et d’équilibrer vie privée et vie professionnelle, tout en ayant l’opportunité de s’épanouir. » Mme Pradère et son équipe ont calculé un score HX (score d’expérience humaine) qui aide à répondre à la question suivante : « Les espaces de travail actuels répondent-ils aux attentes des collaborateurs ? ». Le score HX exprime le rapport qui existe entre l’importance d’un critère (l’acoustique, l’éclairage, la qualité de l’air, etc.) et la satisfaction vis-à-vis de ce critère. Plus le décalage est important (par exemple si un employé n’est pas satisfait d’un critère qui est extrêmement important à ses yeux), plus le score HX est bas.

Au travers d’une dernière étude réalisée en partenariat avec SageGlass, l’équipe de Mme Pradère a remarqué des écarts considérables entre l’importance des critères et la satisfaction des salariés dans six domaines : la qualité de l’air, la qualité de la lumière, la température, la vue et les espaces verts, l’hygiène de vie et les nuisances sonores. Ces résultats révèlent le potentiel d’amélioration de l’environnement de travail afin de répondre pleinement aux attentes des salariés.  

 

Un environnement sain pour plus de rentabilité

Eloïse Sok-Paupardin a présenté plus en détail les preuves scientifiques qui confirment la nécessité d’améliorer les espaces de travail. Avec ses collègues, elle s’est intéressée à ce qui se passe dans la pratique, à savoir l’influence de la qualité de l’environnement intérieur (QEI) sur le bien-être et la productivité des salariés. En d’autres termes, une amélioration de la QEI permet-elle une amélioration des performances de l’entreprise ? La réponse est oui, sans équivoque.

Le travail de Flore Pradère démontre une étroite corrélation entre les facteurs environnementaux intérieurs (comme la qualité de la lumière et l’acoustique) et la productivité des employés. Sa dernière étude a montré que le critère le plus important pour les salariés les plus productifs était la réduction des nuisances sonores (corrélation de 0,406 sur une échelle où 1 correspond à une forte corrélation positive et 0 à l’absence de corrélation). Après le bruit, les critères mis en avant par les salariés sont, par ordre d’importance : la qualité de l’air (0,364), la qualité de la lumière (0,363), la vue et les espaces verts (0,337), l’hygiène de vie (0,336) et la température (0,275).

Paige Hodsman, dont le travail porte sur les nuisances sonores, a indiqué que les conversations des collègues constituaient la source de distraction principale pour les salariés. En effet, le bruit réduit les performances de 6,2 % en moyenne ; et les experts s’accordent à dire qu’une modification de 5 % ou plus des performances a des répercussions notables sur une entreprise. « Est-ce que le fait de réduire les distractions influence la manière dont nous menons nos activités ? », a demandé Mme Hodsman. « La réponse est oui. Le bruit a des effets sur le niveau de concentration, sur le stress et sur la capacité à effectuer le travail dans les temps. »

Les effets du bruit sur les performances au travail (source : Oseland, N. and Hodsman, P., The response to noise distraction by different personality types: An extended psychoacoustics study, The Corporate Real Estate Journal, volume 9 / numéro 3 / printemps 2020)

Mme Pradère a souligné la différence entre productivité et bien-être : les critères les plus importants pour la productivité ne sont pas les mêmes que ceux liés au bien-être. Son étude démontre que, pour les salariés qui se sentent le mieux au travail, la corrélation la plus marquée se trouvait au niveau de la vue et des espaces verts (0,491), suivis par l’hygiène de vie (0,454), la qualité de l’air (0,396), la qualité de la lumière (0,344), les nuisances sonores (0,335) et la température (0,262).

Mme Sok-Paupardin a donné l’explication suivante au sujet de l’importance de la vue sur l’extérieur : « Toutes les études présentées dans la littérature scientifique prouvent que la vue et le lien avec la nature améliorent non seulement notre bien-être, mais aussi notre santé mentale et physique, et même nos performances. » L’un des avantages les plus documentés est la relaxation : moins de stress et de fatigue cognitive. La vue sur l’extérieur permet aussi de stimuler les rythmes circadiens (grâce à la lumière naturelle), d’élaborer une cartographie cognitive et de maintenir la santé des yeux. « Nous savons par exemple que regarder au loin permet de réduire la tension oculaire, car nos yeux n’ont plus besoin de s’accommoder », a expliqué Mme Sok-Paupardin. « Pendant les périodes de pandémie et de confinement, nous avons constaté que les gens accordaient plus d’importance à leurs fenêtres et à la vue, car celles-ci étaient devenues le seul moyen pour eux de créer un lien avec l’extérieur. »

Néanmoins, certaines découvertes scientifiques récentes restent encore méconnues. A titre d’illustration, de nombreux employés se disent relativement satisfaits de la lumière et du confort visuel sur leur lieu de travail (par rapport à l’acoustique ou à la température, par exemple). On pense ici à des éléments de base comme une lumière suffisante et un éblouissement minimal, mais ce n’est qu’au cours de ces 20 dernières années que les scientifiques ont découvert à quel point la lumière du jour influençait les hormones, les rythmes circadiens et d’autres facteurs de santé. Pour Mme Sok-Paupardin, si les salariés étaient mieux informés de ces aspects, nous n’obtiendrions pas les mêmes résultats sur ce type d’enquêtes.

 

Considérer les employés comme des individus

Mme Pradère, Mme Sok-Paupardin et Mme Hodsman ont souligné toutes les trois la nécessité de plus en plus impérieuse pour les employeurs d’envisager les besoins de leurs salariés à un niveau individuel, en tenant compte de l’infinie diversité des personnes. Plusieurs facteurs démographiques et psychologiques (genre, âge, origine ethnique, type de personnalité) peuvent influencer la manière dont nous percevons nos environnements. « Certaines personnes vont avoir besoin de travailler dans un bureau animé pour se concentrer, d’autres vont plutôt rechercher un espace isolé », a expliqué Mme Pradère. « Il est très important de proposer différentes ambiances au personnel. »

 

Perspectives pour l’avenir

Quelles sont les perspectives pour le monde du travail ? Selon Flore Pradère, les entreprises sont en train de vivre une transformation culturelle radicale à mesure que les employeurs reconnaissent les nouveaux besoins et les nouvelles attentes de leurs collaborateurs. Elle précise : « Ce qui était autrefois considéré comme la cerise sur le gâteau fait aujourd’hui partie des attentes non négociables. » Pendant la période de télétravail imposée par la pandémie, certains salariés ont pu profiter d’un accès à l’extérieur et à l’air frais. « C’est le type d’expérience qu’ils veulent retrouver en retournant au bureau », a expliqué Mme Pradère. « Et les entreprises ne peuvent plus ignorer cela. »

Les intervenantes mettent en garde : lorsque les employeurs évaluent les nouvelles attentes et les nouveaux projets, ils doivent tenir compte des besoins variables en fonction du genre, de l’âge et de la situation géographique. Les femmes ont tendance à avoir un score HX général plus faible que les hommes (80 vs 84) et sont davantage affectées par un mauvais contrôle du bruit et par la température.

Paige Hodsman a invité les employeurs à « éviter le syndrome de la solution unique ». Elle propose d’adopter plutôt une approche centrée sur l’humain pour aménager des bureaux qui permettent de conserver un certain contrôle tout en garantissant suffisamment d’intimité, qui réduisent les perturbations dues aux conversations des collègues, et enfin, qui tiennent compte des différentes personnalités et psychologies.

Eloïse Sok-Paupardin a évoqué la pyramide des besoins, dont le bas correspond à l’inconfort et au manque, le niveau intermédiaire au confort et à la suffisance, et le sommet au plaisir et au bien-être. Pour elle, les locaux ne peuvent plus se contenter d’être simplement habitables. « Il faut vraiment essayer d’atteindre le sommet de la pyramide ».

La pyramide des besoins (source : Ten questions concerning well-being in the built environment, Altomonte et al., 2020)

Les intervenantes s’accordent à dire qu’il faut impérativement poursuivre la recherche et appliquer de meilleures mesures et des modèles plus efficaces, qui tiennent compte de la grande diversité des personnes occupant les bâtiments. « Les mesures doivent être plus nombreuses et plus efficaces, objectivement et subjectivement, pas seulement en laboratoire, mais aussi dans la réalité », a déclaré Mme Sok-Paupardin. « Pour valider nos conclusions, nous devons améliorer et élaborer de meilleurs projets. »

Pour conclure, Flore Pradère a parlé du concept d’« espace de travail régénératif ». Ce qui était autrefois perçu comme un concept audacieux (à savoir que les employés pouvaient trouver le bien-être au travail) est de plus en plus accepté aujourd’hui. « Beaucoup d’entreprises se posent la question des coûts » pour l’amélioration de l’aménagement et des équipements, a indiqué Mme Pradère, « mais il s’agit d’un véritable investissement : en investissant dans le bien-être, dans une approche holistique, vous pourrez créer des conditions favorables pour optimiser les performances de vos équipes. »

À quel rythme cette nouvelle manière d’envisager l’espace de travail va-t-elle s’imposer ? Les intervenantes sont optimistes. Paige Hodsman a parlé d’une nouvelle norme acoustique qui intègre, pour la première fois, l’élément humain dans la perception du bruit, et plus seulement le bruit physique que l’on peut mesurer dans un espace. « Je vois le changement, même dans mon milieu. Cette ouverture vise à prendre en compte les personnes, les individus et la manière dont ils perçoivent le monde, dans le cadre d’une mise en œuvre pratique de solutions. »

« Je pense qu’en cette période de pandémie, nous allons dans la bonne direction », a déclaré Mme Sok-Paupardin. « Mais nous pouvons faire encore plus. En ce qui me concerne, je pense que c’est la voix du client final qui sera le moteur du changement. »

 

Jennifer 

Jennifer Pitterle est une auteure et rédactrice basée dans le Minnesota, spécialisée dans le journalisme de style de vie et les livres de non-fiction créatifs.

 

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