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VISIONARY INSIGHTS

Lumière naturelle et éblouissement: conséquences sur le bien-être, la performance et la santé

Eloïse Sok-Paupardin
12 Avril 2021
Daylight Glare: Health

Si l’accès à la lumière naturelle est essentiel dans nos bâtiments, il est tout aussi crucial de contrôler les risques d’éblouissement associés. Pourtant il arrive encore que cette problématique soit relayée au second plan ou traitée de façon inadaptée. Or c’est méconnaître les effets délétères sur le bien-être et la santé des occupants. 

 

Impacts physiologiques et psychologiques de l’éblouissement

Rappelons ce qui se passe lorsque nous sommes éblouis:

  1. Les effets sont immédiats : notre acuité visuelle est altérée et nous ne sommes plus capables de discerner les détails de la tâche visuelle à réaliser. Nous avons alors besoin d’un certain temps pour récupérer la totalité de nos performances visuelles – de quelques secondes à quelques minutes selon les individus– et pouvoir reprendre l’activité que nous avions interrompue.  
  2. Nous continuons à réaliser nos activités mais sous des conditions visuelles gênantes ou inconfortables, sollicitant un effort supplémentaire de la part de notre système visuel. Or une sollicitation intense et prolongée de notre système visuel induit une fatigue visuelle. Les symptômes subjectifs incluent des tensions, picotements, brûlures au niveau des yeux, des sensations de papillotement, une sensibilité accrue à la lumière, un affaiblissement de la vision de près ou de loin, et des céphalées frontales. Objectivement, la fatigue visuelle se traduit aussi par une dégradation progressive des fonctions visuelles – troubles d’accommodation, diminution de la sensibilité aux contrastes et de la résistance à l’éblouissement – voire de l’acuité visuelle1.

 

Conséquences de l’éblouissement dans les environnements de travail

Dans les environnements de travail, lorsque nous sommes éblouis par la vue directe du soleil ou que nous ne voyons plus rien sur nos écrans du fait de réflexions, c’est tout d’abord du temps de travail que nous perdons. Du temps perdu à attendre que la gêne disparaisse – en prenant son mal en patience ou en allant éventuellement prendre un café ou faire un tour dehors ; du temps perdu pour se lever pour baisser les stores si ces derniers ne sont pas automatisés ; ou encore du temps perdu pour chercher un autre poste de travail et s’y installer pour ceux qui seraient en flex-office. D’autres iront même jusqu’à consacrer du temps à réfléchir à des solutions pour certaines très créatives afin de remédier à leur situation d’inconfort, comme coller des stickers sur leurs fenêtres, emprunter des parasols à la cafétéria du coin, ou se fabriquer des dispositifs artisanaux de protection solaire.  Vous avez sûrement déjà vu ce type de cliché sur la toile ou les réseaux sociaux… Par ailleurs, des études ont montré qu’il fallait 25 minutes pour se replonger dans sa tâche suite à une interruption2. Au final c’est donc beaucoup de temps perdu qui coûte très cher à une entreprise !

A cela viennent s’ajouter les effets physiologiques et psychologiques à moyen terme liés à l’inconfort et la fatigue visuelle générés décrits plus haut. Outre l’impact sur les performances au travail – certaines études ont montré une diminution de 15% à 21% par rapport à des conditions de travail sans éblouissement3— on peut on peut également s’attendre à une baisse de satisfaction, de motivation et une augmentation de l’absentéisme, et donc à des coûts supplémentaires pour l’entreprise4

 

Conséquences de l’éblouissement dans les écoles 

Dans les écoles, des apports de lumière mal contrôlés peuvent entrainer des réflexions sur les tableaux ou les écrans de projection, et créer des difficultés de lecture et d’apprentissage pour les élèves. L’impact serait particulièrement important dans l’apprentissage des mathématiques, dont l’enseignement passe souvent par des démonstrations visuelles sur le tableau5. Cela peut être en plus une source de stress pour un élève qui craindrait de ne pas avoir le temps de prendre des notes – c’était une de mes pires craintes lorsque j’étais à l’école !  Pour le personnel enseignant, c’est aussi du temps perdu s’il doit interrompre son cours pour répéter à haute voix ce qu’il a écrit, ou se déplacer pour aller fermer un store et allumer l’éclairage électrique. Un éblouissement sur les tables peut aussi entraver les activités de lecture et d’écriture et donc l’apprentissage. Enfin, des réflexions non maîtrisées peuvent être source de distraction et de déconcentration.

Concernant les effets à moyen-long terme, la fatigue visuelle voire les migraines générées par des situations d’éblouissement peuvent directement affecter les capacités d’apprentissage des élèves et les performances des enseignants, ainsi que leur état psychologique. 

Conséquences de l’éblouissement dans les établissements de santé

Le système visuel subit des modifications avec l’âge : le cristallin s’épaissit et s’opacifie progressivement, causant une altération de la transmission de la lumière1. Les vitesses de contraction de la pupille sont aussi plus faibles et le contrôle de l’entrée de lumière à l’intérieur de l’œil ne se fait plus correctement 6. Ces changements induisent une détérioration des fonctions visuelles : plus forte sensibilité à l’éblouissement7, résistance à l’éblouissement plus faible, diminution de l’acuité visuelle et/ou de la sensibilité au contraste.

Sachant que l’altération des fonctions visuelles est accentuée en situation d’éblouissement, il en va donc de la sécurité et du bien-être des personnes les plus âgées. Plusieurs études ont en effet mis en évidence une corrélation très forte entre la sensibilité à l’éblouissement et la perte d’acuité visuelle, et les risques de chute et d’incidents8. Ces facteurs sont également déterminants dans la capacité de ces personnes à se déplacer et à réaliser des activités de la vie quotidienne, et donc dans l’altération de leur qualité de vie9. Il est ainsi crucial de limiter au maximum les risques d’éblouissement dans les EHPADs et les services de gériatrie des établissements de santé.  

 

Populations sensibles 

Certains troubles peuvent s’accompagner d’une plus grande sensibilité à la lumière, voire d’une photophobie, c’est-à-dire d’une intolérance anormale à la lumière. C’est par exemple le cas de pathologies oculaires comme la cataracte ou la dégénérescence maculaire (DMLA)1. C’est aussi le cas de personnes dites «migraineuses»3. Les personnes et notamment les enfants atteints d’autisme, ou d’autres troubles neurologiques comme le trouble du traitement sensoriel ou encore le trouble du déficit de l’attention (TDAH) souffrent généralement aussi d’une hypersensibilité à la lumière10, 11.

Les individus affectés par ces troubles seront sujets à une fréquence plus élevée d’épisodes d’éblouissement. Sachant que ces troubles peuvent survenir à n’importe quel âge, ils peuvent affecter n’importe quel employé actif ou enfant scolarisé. Cela renforce encore plus la nécessité d’anticiper et de contrôler les risques d’éblouissement, en particulier dans une démarche de conception inclusive

 

Conclusions

La lumière naturelle est indispensable dans tout espace de vie pour notre bien-être et notre santé. Les risques d’éblouissement induit doivent en revanche être traités au même titre que les risques de surchauffe, la qualité de l’air ou l’acoustique. Une mauvaise gestion de l’éblouissement peut avoir des répercussions négatives sur la performance au travail des salariés, l’apprentissage des élèves dans les écoles, ou le bien-être et la sécurité des personnes les plus fragiles dans les établissements de soin, et de façon générale sur la santé.

Cela étant dit, la recherche de solutions doit s’intégrer dans une approche globale, afin de ne pas compromettre l’accès à la lumière naturelle et les vues vers l’extérieur. Une conception bien réfléchie couplée à des solutions de protection solaire intelligente telles que les vitrages dynamiques permettent aujourd’hui d’atteindre cet objectif. Par ailleurs, de nouveaux outils d’évaluation arrivent petit à petit sur le marché pour guider les concepteurs dans cette démarche.

 

Eloise Sok

 

Eloïse Sok-Paupardin est Concept Creator au sein de l'équipe SageGlass Europe & Middle-East. Elle est titulaire d'un double diplôme d'ingénieur de l'Ecole Centrale (France) et de l'Université de Tsinghua (Chine). Ses principaux centres d'intérêt sont l'architecture durable, l'éclairage naturel et le confort des occupants. Sa devise : "La passion est notre plus grande force".

 


Sources:

  1. R. Floru. Eclairage et vision. [Rapport de recherche] Notes scientifiques et techniques de l’INRS.

  2. Easily distracted: why it’s hard to focus and what to do about it, D. Rock, 2017

  3. Windows and Offices: A Study of Office Worker Performance and the Indoor Environment, HMG, 2003

  4. The benefits of daylight through windows, P. Boyce, 2003

  5. Windows and Classrooms: A Study of Student Performance and the Indoor Environment, HMG, 2003

  6. Photophobie et dégénérescence maculaire liée à l’âge [Photophobia and age-related macular degeneration], A. Cognée, 2012

  7. A comprehensive assessment of visual impairment in a population of older, G.S. Rubin et al, 1997

  8. Prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée: argumentaire [Preventing accidental falls in older people: leaflet], HAS, 2005

  9. The association of multiple visual impairments with self-reported visual disability: SEE project. G.S. Rubin et al, 2001

  10. How Sensory Experiences Affect Adolescents with an Autistic Spectrum Condition within the Classroom, FEJ Howe et al, 2013

  11. High Prevalence of Self-Reported Photophobia in Adult ADHD, J.J. Kooij et al, 2014

 

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