< Retour à Visionary Insights

VISIONARY INSIGHTS

LIGHTFAIR 2018 : pleins feux sur « l’Éclairage centré sur l’humain »

Jordan Doria
18 Juillet 2018

J’ai eu l'opportunité de participer au salon  LIGHTFAIR 2018 à Chicago le mois dernier. Il s’agit du grand salon annuel du secteur de l’éclairage en Amérique du Nord. Je souhaitais surtout participer à une table ronde d’une journée sur « La lumière et la santé des hommes », mais au final, ce que j’ai pu observer au salon s’est révélé bien plus intéressant. Voici les trois principales conclusions que j’ai tirées de l’évènement.

 

  1. “L'éclairage centré sur l'humain” est la formule qui a fait mouche durant le salon : les plus grands acteurs de l’industrie de l’éclairage ont clairement intégré les données sur la façon dont les différents spectres et les différentes intensités de la lumière du soleil impactent la santé des hommes. Nombreux sont ceux qui traduisent cela par « l’éclairage centré sur l’humain », ou par une variante de cette expression. Cree, Samsung, Eaton, USAI, GE et de nombreuses autres entreprises ont présenté des produits et des informations sur ce sujet sur leurs stands. Sur bien des aspects, ceci est très positif. Une meilleure compréhension de la façon dont la lumière impacte la santé des hommes a ouvert des portes au secteur de l’éclairage pour, essentiellement, mieux imiter la lumière naturelle et favoriser la bonne santé des hommes. Cependant, l’amélioration de la santé et du bien-être n’est pas le seul enjeu. La tendance à utiliser de plus en plus de vitrages pour profiter de la lumière du soleil se fait souvent aux dépens de la densité de la puissance de l’éclairage. Cela signifie que l’industrie de l’éclairage vend moins de systèmes d’éclairage. Comme le panneau ci-dessous le montre, l’intérêt porté à l’éclairage centré sur l’humain a en partie pour but d’inverser la tendance.

Comme ce panneau l’affirme clairement, le secteur de l’éclairage cherche à positionner l’éclairage « centré sur l’humain » comme une alternative viable aux fenêtres et à la lumière naturelle.
 

Une des nombreuses références faites à l'éclairage centré sur l'humain
  1. Éclairage centré sur l’humain + biomimétisme : Cree gagne sans aucun doute le prix de l’« expérience la plus créative sur un stand » durant ce salon, au moins de mon point de vue. Ils avaient installé un espace clos, avec corde de velours pour bien faire les choses, et invitaient les visiteurs (jusqu’à dix à la fois) à y entrer pour une démonstration de deux minutes. Il s’agissait d’une simple pièce blanche avec des plantes et des images de paysages sur les murs. Une fenêtre de toit artificielle était installée au plafond. Il s’agissait en fait de LEDs conçues pour imiter un puits de lumière. Des haut-parleurs diffusaient la voix apaisante d’une narratrice qui expliquait les bienfaits de la nature et du lien avec l’extérieur. Pendant qu’elle parlait, la lumière de la « fenêtre de toit » changeait, passant de claire et chaleureuse comme au lever du soleil, à de plus en plus froide pour imiter les divers moments de la journée (tout ça en un court laps de temps). La lumière changeait même pour imiter le passage de nuages. Des sons de la nature se superposaient à la voix de la narratrice, comme le chant d’oiseaux et de grillons (car apparemment ils chantent aussi, selon mes recherches). L’expérience était intéressante et convaincante.

L'“Expérience Arcadia" de Cree était soit un exemple intéressant de conception biophilique soit du biomimétisme... selon les points de vue.
  1. Conception biophilique ou biomimétisme : J’ai quitté le stand avec le sentiment que Cree avait fait un très bon travail en utilisant la technologie pour imiter et évoquer différents éléments naturels. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de me demander s’il s’agissait d’une conception biophilique ou s’il fallait parler de biomimétisme... Alors que je me posais cette question, j’ai réalisé que je ne pouvais pas expliquer clairement la différence entre ces deux notions. Et il semblerait que je ne sois pas le seul, puisque Greenbiz a consacré un article à cette question en octobre dernier. L’article résumait la différence ainsi : « Le biomimétisme est une méthode d’innovation visant à obtenir de meilleures performances ; la conception biophilique est une méthode de conception qui s’appuie sur des preuves pour améliorer la santé et le bien-être. » Selon cette définition, il semble donc que l’« Expérience Arcadia » est bien une conception biophilique et non du biomimétisme. Mais cela ne me convenait pas tout à fait. Ce que Cree avait réalisé consistait à imiter des éléments naturels afin d’améliorer la santé et le bien-être. Un bâtiment conçu avec de nombreuses vitres près desquelles s’asseoir, et entouré d’éléments naturels à contempler depuis l’intérieur serait un bon exemple de conception biophilique. Ces deux solutions sont-elles vraiment équivalentes ? Imiter la nature, même très bien, revient-il au même que de laisser les gens en faire véritablement l’expérience ?

Je ne tenterai pas de répondre à cette dernière question... car le jury délibère encore. Les chercheurs examinent activement ce sujet et essaient de comprendre dans quelle mesure la « pseudo-nature » répond vraiment aux besoins des hommes de garder un lien direct avec la nature. C’est un sujet sur lequel nous écrirons à l’avenir. Si nous devons tirer une conclusion ici, ce serait que l’importance donnée à la question du lien entre la lumière, la nature et la santé des hommes est une preuve supplémentaire que cette tendance se développe à la vitesse grand V.

 

Jordan Doria est responsable du lien entre les équipes marketing et commerciales de SageGlass. Depuis 10 ans dans l’industrie du bâtiment, il s’attache à promouvoir les bâtiments plus respectueux de l’individu et de l’environnement. Il est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en sciences politiques de l’Université de Villanova (États-Unis).

Sur le même sujet: